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Codes de conduite, le remède miracle?  (23.02.99)
Codes de conduites, le remède miracle?
"Nous sommes persuadés qu'à long terme, notre entreprise ne se maintiendra sur le marché, que si nous restons attentifs aux aspects sociaux et écologiques" écrivait en décembre dernier le directeur de Vögele. Soucieuses de garder une image de marque respectable, de plus en plus d'entreprises adoptent des codes de conduite où elles s'engagent à respecter une série de normes sociales. En 1991, Levi's faisait figure de pionnier dans ce domaine. Aujourd'hui, les plus importantes marques de vêtements américaines, puis européennes, lui ont emboîté le pas.

C'est que les scandales des "sweatshops", ces ateliers de la sueur où les ouvriers sont maintenus dans des états proches de l'esclavage ont fait le tour de la planète. Des griffes aussi populaires que Nike en ont fait l'expérience: "Notre marque est devenue le symbole des salaires de misère, des heures supplémentaires obligatoires et de l'arbitraire" se plaignait récemment son directeur Phil Knight. Avec une telle image, plus question de vendre le rêve et l'évasion...

Pour se prévenir de tels risques, de nombreuses entreprises de secteurs de consommation de masse comme l'habillement, le cuir, l'alimentation, l'industrie du jouet ou de la santé ont adopté des codes de conduite.Par là, elles s'engagent publiquement et par écrit à respecter une série de principes qu'elle a elle même définis. "Nous avons conscience de la responsabilité qui nous lie aux milliers de personnes qui prennent part à la fabrication de no vêtements" peut on trouver dans le code d'H&M.

Cependant, au-delà de cette prise de conscience, tous les codes n'offrent pas la même qualité de contenu. 80% d'entre eux restent des textes lacunaires et imprécis. Ainsi Migros déclare s'engager, dans sa ligne de produits eco, au "respect de l'être humain face aux problèmes de la place de travail." Principe bien séduisant, mais quels sont les critères précis et les actions concrètes derrière ces mots?

"Toutes ces initiatives comportent un nombre important d'ambiguïtés" déclarait récemment M. Hansenne, directeur général du BIT. Dans la mesure oû il est le fruit d'une pression médiatique, le code volontaire d'une entreprise suit en général la mode et l'humeur du temps. "Vous êtes scandalisé par le travail des enfants? Nous vous garantissons qu'il n'y en a pas chez nous". Telle sera automatiquement la réponse de l'entreprise. Le directeur de Nike avait outré les consommateurs américains en déclarant qu'il était tout à fait normal, que dans le tiers monde, des enfants de 14 ans travaillent à la confection de ses baskets. Quelques mois plus tard, la réaction de l'opinion publique était telle qu'il a dû révoir sa copie: son code fixe désormais la limite d'âge à l'embauche à 18 ans! Mais est-ce là un réel progrès? Et si sur le terrain, les adolescents préféraient travailler que d'être à la rue? N'est-ce pas plutôt à eux de donner leur avis? Comme le disait le directeur de Charles Veillon SA, "Le client n'est plus seulement roi. Il devient, suivant qu'il se laisse guider par son unique bon plaisir, son sens civique, sa capacité d'émotion ou encore sa faculté d'oubli, soit bourreau, soit civilisateur".

Autre problème de taille, les codes de conduite sont très rarement assortis de procédures de mise en oeuvre et de contrôle. "Il n'est pas rare qu'un code lancé à grand renfort de publicité dans un pays importateur soit inconnu, ou introuvable, notamment en langue locale, sur le lieu de production" souligne le récent rapport du BIT. Alors le code risque bien de n'ètre qu'un simple outil de relations publiques destiné à vendre et non à améliorer la situation de ceux qu'il déclare protéger.

Pour pallier à ces effets pervers, plusieurs initiatives, comme la campagne Clean Clothes actuellement en cours en Suisse, tentent de remettre les codes de conduite privés des entreprises dans un cadre juridique défini et internationalement reconnu: celui des 7 normes fondamentales de l'OIT. Ces normes "universelles et indivisibles" garantissent: la liberté syndicale et le droit d'organisation collective, l'interdiction du travail des enfants et du travail forcé, l'égalité de traitement et la non-discrimination. Par la garantie des libertés syndicales, ces normes assurent aux ouvriers, la capacité de s'organiser et de défendre leur droits librement pour, à terme, parvenir à améliorer leurs conditions de vie et de travail.

Les ouvriers participent
Selon les organisations de défense des droits de l'homme et les syndicats, un code ne peut atteindre son objectif que si les ouvriers participent à sa mise en oeuvre et à son contrôle; ils sont seuls, en effet, à pouvoir juger de son respect effectif. Pour garantir au consommateur que le produit qu'il achète a bien été conçu dans la dignité, ce contrôle à la source doit être certifié par un organisme totalement indépendant de l'entreprise . Avec toutes les questions, très complexes, qui en découlent et que plusieurs initiatives réunissant entreprises, syndicats, organisations de défense des travailleurs et des consommateurs tentent actuellement de résoudre. Mas la solution miracle n'est pas encore en vue.

Les codes de conduite sont en vogue. S'ils sont l'indice d'une vraie responsabilisation des entreprises en matière sociale tant mieux. Ils ne sont cependant qu'une piste parmi d'autre pour parvenir à plus de justice sociale dans le vaste chantier de la mondialisation. Et sans garde fous, ils risquent d'être un phénomène de mode alimentant le marché de l'éthique plutôt qu'un véritable outil permettant de mettre plus d'éthique dans le marché.


Lara Cataldi
Déclaration de Berne
février 1999



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